Pourquoi une monnaie locale complémentaire citoyenne (MLC) ?

Voici le contexte de la mise en place des MLC en quatre points :

  • Des interactions sociales appauvries. Entre l’hégémonie des supermarchés, l’essor de la livraison à domicile et notre focus toujours accru sur nos téléphones portables, nos interactions sociales semblent s’appauvrir. En parallèle de cela, de plus en plus de professionnels tiennent à réinstaurer un lien avec leur clientèle et à favoriser une ambiance conviviale.
  • Une précarité persistante. Bien que les richesses mondiales (i.e., biens matériels) connaissent un niveau sans précédent (rapportées au nombre d’habitants – 1), celles-ci sont très mal distribuées et 8.3% des personnes vivaient en-dessous du seuil de pauvreté en 2018 (2). Ainsi les aides de l’état (e.g., RSA, APL…) et des institutions territoriales (e.g., subventions aux associations luttant contre la pauvreté) envers les plus démunis sont essentielles et doivent être développées.
  • Un déclin environnemental. Le consensus scientifique international (3) parle d’un déclin préoccupant de la biodiversité (4) et d’impacts majeurs du réchauffement climatique sur la santé humaine (entre autres via une baisse des ressources en eau douce et des rendements agricoles, ou des conflits liés aux ressources limitées et aux déplacements de population hors des zones devenues hostiles à la vie – 5). De ce point de vue la situation est dramatique et les perspectives sont sombres. Cependant, nous sommes convaincus qu’il existe des marges de manœuvre ! Il est possible d’atténuer le déclin environnemental en réorientant notre économie (et en diminuant une bonne partie de sa production – 6, 7) vers des modes productions de biens et services éco-responsables.
  • Une finance au service d’elle-même. La finance est nécessaire à l’activité économique puisqu’elle consiste en une avance d’argent ; sans elle pas de projet pour ceux qui n’ont pas de fonds propres (par accumulation ou héritage). Cependant, on reproche à la finance d’aujourd’hui de servir bien plus l’accumulation de profits via la spéculation et les contreparties en dividendes que le développement de projets vertueux (8, 9). L’activité financière est aujourd’hui largement décorrélée de celle de l’économie réelle, puisque les échanges de capitaux financiers ne cessent de croitre à un rythme effréné, alors que le produit intérieur brut mondial semble se rapprocher d’un plateau (9, 10). Un chiffre : en 2021, seulement 2% des échanges monétaire se feraient dans l’économie réelle. En cause, la faible régulation des flux financiers, l’opacité de ses banques, et le versement accru de dividendes. Enfin, remarquons que les banques, en plus d’aider l’économie réelle de moins en moins (en proportion des ressources globales), sont des gros émetteurs de gaz à effet de serre de par leurs investissements (11)*.

Par conséquent, les objectifs des MLC sont les suivants :

  • Soutenir les acteurs responsables de notre économie locale, c’est-à-dire ceux qui permettent, de façon directe ou indirecte, les autres points ci-dessous. Avec une MLC, chaque prestataire doit adhérer à la charte des valeurs pour être agréé, véritbale gage éthique de l’activité économique. Ainsi, bien qu’une chouette soit égale à un euro, une unité de monnaie locale (e.g., une doume, à Clermont-Ferrand) circule en moyenne entre 8 et 12 mains, contre 4 pour un euro ; les monnaies locales créent donc 3 fois plus de « richesses » sur le territoire, et ce au profit de professionnels engagés.
  • Favoriser les interactions sociales, entre les différents partenaires, entre ceux-ci et les clients, et entre les clients : nous utilisons tous la chouette monnaie, ce qui veut dire que nous avons des valeurs communes ! D’après le rapport 2021 du mouvement SOL (qui fédère les monnaies locales en France), 55% des adhérents ont participé à des manifestations orgnaisées par leur monnaie locale et 25% des partenaires ont déjà rendu service un autre professionnel du réseau (12). Notre objectif est de déployer la monnaie bien au-delà du centre-ville Dijonnais, dans les quartiers « populaires » et le reste du bassin de vie Dijonnais.
  • Lutter contre la précarité. Les produits et services payables en chouette étant de haute qualité et n’étant pas sujets aux économies que permettent la production de masse (économie d’échelle) et la délocalisation (main d’œuvre à bas coût et taxes réduites), ils sont typiquement plus chers que la plupart des produits homologues sur le marché. C’est pourquoi, il sera question dans un futur proche de permettre aux citoyens disposant d’un budget modeste de consommer en chouette, via des aides diverses qui restent à préciser**. De plus, la nécessité de respecter l’humain n’étant pas sujette aux frontières, nos partenaires privilégient la revente de produits labélisés en ce sens (labels équitable et éthiquable notamment) lorsque ceux-ci sont issus de l’étranger (e.g., chocolat, thé, café).
  • Garder le contrôle sur son argent. Les euros échangés contre des chouettes (ou une autre MLC) seront placés sur un fonds de garantie à la NEF (banque au placements « éthiques » et transparents – https://www.lanef.com). Votre argent circule donc au sein d’un réseau d’acteurs responsables et ne peut pas être utilisé pour spéculer ou financer des projets que vous ne soutenez pas (11). En d’autres termes, convertir des euros en monnaie locale complémentaire permet de court-circuiter les marchés financiers et d’ancrer les échanges dans une économie réelle vertueuse.
  • Instaurer une gouvernance citoyenne de la monnaie – en lien avec le point précédent. Chaque utilisateur de la monnaie est également adhérent à l’association qui la gère, composée de tous les acteurs du circuit économique (entreprises, utilisateurs, collectivités…). A ce titre, il bénéficie d’une voix lors des assemblées générales et la gestion de la monnaie se fait donc de manière démocratique.
  • Limiter le déclin environnemental par deux biais : 1) limiter les émissions de gaz à effet de serre en favorisant les circuits courts et les produits locaux (moins de transport) afin d’être le plus cohérent possible avec les recommandations du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC, 5) et l’accord de Paris qui en découle (13) ; 2) ne collaborer qu’avec des acteurs limitant leur utilisation des produits nocifs pour la biodiversité (e.g., pesticides pour un agriculteur) ou l’achat de biens utilisant de tels produits (e.g., privilégier les produits labéllisés ou dont la qualité est certaine).
  • Militer pour un développement durable (piliers social, économique et environnemental) véritable à l’échelle de notre région, et participer à la mouvance nationale des MLC, pilotée par le mouvement SOL (http://www.sol-reseau.org/) dans le but d’influencer également l’échelon décisionnel supérieur.
  • Sensibiliser aux enjeux décrits ci-dessus en communiquant autour de la monnaie. La monnaie locale permet de se questionner sur le sens de nos échanges et de consommer autrement. Elle est alors un excellent moyen d’éducation pour nous transformer en de véritables Consom’Acteurs.

Pour résumer, la vraie force des monnaies locales est leur transversalité. Oui, un citoyen peut choisir une épargne éthique sans passer par la monnaie locale. Oui, il peut consommer des produits de qualité et locaux sans ce biais. Oui, il peut se rendre chez un commerçant accueillant ses clients chaleureusement et le régler en euros. Mais tout cela demande un travail conséquent de recherche d’informations, de vérification systématique de ces critères lorsque l’on cherche à découvrir de nouveaux produits. En utilisant la chouette tout se fait sans effort (mis à part ceux des bénévoles) et des liens se tissent entre les membres de la communauté (inter- et intra-professionnels et particuliers). Peut-être êtes-vous plus sensibles au fonctionnement démocratique des MLC – c’est un tout ; les enjeux sont multiples. Si vous êtes septiques quant à l’utilité des MLC c’est bon signe ! Vous êtes en train de réfléchir aux moyens de porter les valeurs de respect, solidarité, partage et citoyenneté que la chouette défend, validant l’atteinte de l’un de nos objectifs.

Références

1: https://www.insee.fr/fr/statistiques/2830205#tableau-figure1

2: https://www.insee.fr/fr/statistiques/2408282#tableau-figure1

3 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20448167/

4 : https://www.journaldelenvironnement.net/article/biodiversite-les-chiffres-pietres-miroirs-de-la-realite,111568

5 : https://www.ipcc.ch/sr15/ (voir chapitre 3)

6 : https://negawatt.org/IMG/pdf/scenario-negawatt_2017-2050_brochure-12pages.pdf

7 : https://www.youtube.com/watch?v=Vjkq8V5rVy0

8 : https://blog.mondediplo.net/fermer-la-finance

9 : https://www.youtube.com/watch?v=2oFARgqG0NA

10 : https://taxonslaspeculation.eu/home/

11 : https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2020/10/rapportBanque_OXFAM_v5.pdf?fbclid=IwAR2ogZbXbzAnu8c7Z96Ftn0ppw-rQN_ZYcxxl0pM9WFejm8RbiXDwlFAN50

12 : https://drive.monnaies-locales.org/s/9FpDbQHim4RjgBZ

13 : https://www.un.org/fr/climatechange/paris-agreement

* Remarquons également qu’une partie importante des investissements des banques sont légitimés par notre consommation (e.g., le pétrole dont l’extraction est financée sert à faire rouler notre voiture, à acheminer les produits alimentaires que nous consommons, ou à produire l’électricité que nous utilisons). Celle-ci doit donc être ajustée en parallèle de la politique des banques.

** Il est envisagebale de mettre en place une subvention, par une collectivité territoriale, au aux ménages modestes afin qu’ils obtiennent, par exemple, 25 chouettes en donant 20 euros (5 euros seraient donnés à l’association la Chouette par la collectivité), comme déjà expérimenté par certaines MLC (12).