Le monnayage de Marc Aurèle (161-180) illustre son co-règne inédit et ses victoires militaires. Ces pièces, imprégnées de stoïcisme, permettent de dater précisément les conflits contre les Parthes et Germains grâce aux titres honorifiques et symboles gravés aux revers.
Le monnayage sous Marc Aurèle (161-180) reprèsente aujourd’hui une archive métallique précise des bouleversements politiques et militaires de l’Empire romain au IIe siècle, marquant une rupture avec la paix des Antonins pour illustrer la gestion des crises frontalières, la première co-régence impériale de l’histoire et l’ancrage de la philosophie stoïcienne au sommet de l’État. L’analyse des avers et revers de ces pièces permet de dater l’apparition des titres honorifiques liés aux victoires sur les Parthes ou les Germains, de comprendre la communication politique impériale face aux épidémies et de visualiser la dynastie assurant la continuité du pouvoir jusqu’à la consécration finale de l’empereur.
Les monnaies illustrant la co-règne inédit de Marc Aurèle et Lucius Vérus
L’arrivée au pouvoir de Marc Aurèle en 161 marque un tournant institutionnel majeur. Pour la première fois, Rome possède deux empereurs simultanés. Marc Aurèle, fidèle à ses principes, exige que son frère adoptif Lucius Vérus reçoive les mêmes honneurs et pouvoirs que lui. Le Sénat accorde donc aux deux hommes les titres d’Auguste et d’Imperator. Seul le titre de Pontifex Maximus (grand prêtre) reste l’apanage de Marc Aurèle. Cette situation politique inédite se traduit immédiatement dans la production monétaire.
Les ateliers de Rome frappent des pièces mettant en scène cette harmonie au sommet de l’État. Le revers célèbre montre souvent les deux empereurs se serrant la main, accompagnés de la légende CONCORD AVGVSTOR (La Concorde des Augustes). Ce type monétaire, frappé sur des auréus et des sesterces jusqu’en 163, diffuse l’image d’une entente parfaite. Une autre représentation fréquente expose les deux dirigeants assis sur une estrade, présidant aux distributions d’argent (Liberalitas) au peuple. Cette iconographie renforce leur popularité et assure le soutien de la plèbe et de l’armée, cette dernière recevant une dotation exceptionnelle de 5000 deniers par soldat pour garantir sa loyauté.
L’évolution des titres impériaux au gré des victoires militaires
Le règne de Marc Aurèle subit des attaques incessantes aux frontières, obligeant l’empereur philosophe à se transformer en chef de guerre. Les légendes inscrites sur les monnaies suivent scrupuleusement la chronologie de ces conflits et des victoires revendiquées par Rome. Lorsque le roi parthe Vologèse IV envahit l’Arménie et menace la Syrie, Lucius Vérus part superviser les opérations. Bien que ses généraux, comme Avidius Cassius, dirigent réellement les troupes, les triomphes se répercutent sur la titulature des deux empereurs.
La prise de la capitale arménienne Artachat en 163 permet à Lucius, puis à Marc Aurèle, d’adopter le titre d’Armeniacus. La victoire totale sur les Parthes et le sac de Ctésiphon en 165 ajoutent le titre de Parthicus Maximus. Après la mort de Lucius en 169, Marc Aurèle affronte seul les tribus germaniques et sarmates qui menacent le limes danubien et l’Italie du Nord. Ses succès militaires successifs enrichissent sa titulature sur les monnaies, servant de bulletin de victoire pour les citoyens romains.
Voici les titres militaires majeurs apparaissant sur les monnaies de Marc Aurèle :
| Année de la Victoire | Ennemi vaincu | Titre sur la monnaie (Légende) | Contexte historique |
| 163-164 | Arménie | ARMENIACVS | Restauration du roi Sohaemus sur le trône d’Arménie. |
| 165-166 | Empire Parthe | PARTHICVS MAXIMUS | Victoire décisive des généraux romains en Mésopotamie. |
| 172-173 | Germains | GERMANICVS | Repoussement des Quades et Marcomans après de longues campagnes. |
| 174-175 | Sarmates | SARMATICVS | Victoire sur les peuples cavaliers des steppes. |
La propagande religieuse et stoïcienne sur les revers monétaires

Au-delà des aspects militaires, le monnayage de Marc Aurèle sert de vecteur à son idéologie politique et philosophique. L’empereur, initié très tôt aux thèses stoïciennes et portant la barbe caractéristique du philosophe sur ses portraits, promeut des vertus spécifiques. Au début de son règne, il fait frapper des pièces à l’effigie de Felicitas Temporum (la Félicité des temps), espérant un âge d’or. La réalité s’avère plus sombre avec les inondations du Tibre, la famine et surtout la « peste antonine » (probablement la variole) qui ravage la population.
Face à ces calamités, les revers monétaires invoquent la Providentia (la Providence). Cette divinité, souvent représentée debout avec un globe, incarne la prévoyance divine et l’ordre cosmique cher aux stoïciens. Elle rassure la population sur la capacité de l’empereur à maintenir l’équilibre du monde. D’autres allégories apparaissent pour répondre à l’actualité politique :
- Securitas Publica : Elle symbolise la sécurité de l’État, notamment après l’expulsion des envahisseurs barbares d’Italie.
- Clementia : La Clémence figure sur les monnaies après la révolte avortée du général Avidius Cassius en 175. Marc Aurèle refuse les purges sanglantes, préférant le pardon, une des quatre vertus impériales.
- Salus : La Santé, représentée nourrissant un serpent, est invoquée massivement durant les grandes épidémies pour protéger l’empereur et l’Empire.
La représentation dynastique et la consécration finale
La continuité dynastique occupe une place centrale dans la production monétaire. Marc Aurèle épouse Faustine la Jeune en 145. L’impératrice accompagne son époux durant ses campagnes militaires, ce qui lui vaut d’apparaître fréquemment sur les monnaies provinciales et impériales, parfois avec le titre de Mater Castrorum (Mère des camps). Leur fils Commode, né en 161, se voit associé au pouvoir dès 176, recevant l’imperium et la puissance tribunitienne, préparant ainsi une succession biologique qui rompt avec la tradition des empereurs adoptifs.
La mort de Marc Aurèle en 180, sur le front du Danube (actuelle Vienne), déclenche l’émission de monnaies posthumes. Le Sénat décrète sa divinisation. Les ateliers monétaires frappent alors des pièces portant la légende DIVVS M ANTONINVS PIVS. Le revers de ces émissions de Consecratio montre souvent un aigle prenant son envol, symbolisant l’âme de l’empereur montant vers les cieux, ou un bûcher funéraire monumental orné de guirlandes, similaire à celui représenté pour la divinisation de Lucius Vérus. Ces objets numismatiques scellent le statut de Marc Aurèle comme l’un des « bons empereurs », dont l’image en or, tel le buste retrouvé à Aventicum, continuera d’être vénérée.
La valeur et la rareté des monnaies de Marc Aurèle sur le marché
La valeur des monnaies de Marc Aurèle varie considérablement selon le métal, la rareté du revers et surtout l’état de conservation. Si les deniers en argent sont les plus courants et accessibles, permettant de s’offrir un portrait de l’empereur pour quelques dizaines d’euros, les modules en or et les grands bronzes avec une belle patine atteignent des sommes importantes.
Les sesterces, très appréciés pour leur grand module (environ 30-33mm), voient leur cote exploser s’ils possèdent une patine intacte (verte ou brune) et un centrage parfait. À l’inverse, un sesterce usé et illisible ne vaudra que quelques euros. Les types rares mentionnés dans l’article, comme le Profectio (départ à la guerre) ou les victoires spécifiques (Rex Armeniis Datus), subissent une forte plus-value par rapport aux allégories classiques (Salus, Providentia). L’aureus, monnaie de prestige par excellence, reste un investissement majeur, son prix ne descendant jamais en dessous du poids de l’or, mais pouvant grimper très haut pour des frappes historiques comme la « Concorde des Augustes ».
Bien que la plupart de ces monnaies s’acquièrent aujourd’hui en ventes aux enchères ou chez des numismates professionnels, elles font aussi rêver de nombreux détectoristes prospecteurs qui espèrent exhumer de tels témoignages de l’histoire. Toutefois, si vous pratiquez cette activité, il est indispensable de bien connaître la réglementation de la détection de métaux en France, notamment en ce qui concerne le mobilier archéologique et les découvertes fortuites, afin de préserver notre patrimoine commun.
Voici un tableau estimatif des prix pratiqués en vente pour des monnaies certifiées authentiques :
| Type de monnaie | Métal | État Courant (TB à TTB) | État Exceptionnel (SUP à FDC) |
| Aureus | Or | 3 500 € – 5 000 € | 8 000 € – 15 000 €+ |
| Denier | Argent | 40 € – 90 € | 150 € – 350 € |
| Sesterce | Bronze | 30 € – 100 € | 400 € – 1 500 €+ |
| As / Dupondius | Cuivre/Laiton | 15 € – 50 € | 150 € – 400 € |
Note : Ces estimations sont indicatives. Des pièces de musée comme le sesterce au revers inédit « Profectio » avec deux soldats (donné à la BNF) ou le buste en or d’Avenches sont hors marché et considérés comme inestimables.


